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Traitement prénatal inédit : un bébé sauvé d’une tumeur vasculaire grâce au sirolimus

Un fœtus présentant une tumeur vasculaire très agressive a été traité in utero par sirolimus, une première pour cette pathologie. L'intervention a stabilisé la malformation et permis la naissance en bonne santé du nourrisson, selon les équipes médicales.

Un nouveau chapitre s’ouvre dans la prise en charge des malformations vasculaires fœtales : l’administration anténatale de sirolimus a permis de stabiliser une tumeur très agressive chez un fœtus et d’éviter une issue fatale. Détectée tardivement, vers la fin du septième mois de grossesse, cette masse menaçait directement la respiration du bébé en formation et présentait un risque important d’hémorragie et de décès in utero.

Le diagnostic qui a précipité la décision

À la maternité de Mulhouse, les équipes obstétricales ont repéré une tuméfaction volumineuse au niveau du cou du fœtus. Les examens ont permis d’identifier un syndrome de Kasabach-Merritt, une forme rare et particulièrement agressive de malformation vasculaire qui piège les plaquettes sanguines et expose au risque d’hémorragie. Selon le docteur Chris Minella, médecin référent du Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, la masse grandissait rapidement et commençait à compromettre la capacité du bébé à respirer à la naissance.

Pourquoi le sirolimus a été choisi

Après concertation, le centre de référence des anomalies vasculaires superficielles des Hospices civils de Lyon a proposé un traitement anténatal par sirolimus, un médicament connu pour ses propriétés antiangiogéniques, c’est-à-dire sa capacité à limiter la formation et la prolifération de vaisseaux sanguins. Le professeur Laurent Guibaud, spécialiste du centre référent, a estimé que l’administration maternelle de sirolimus était la seule option susceptible de sauver l’enfant en empêchant la tumeur de continuer à croître de façon incontrôlée.

Mécanisme d’action adapté au problème

Le sirolimus, pris par la mère sous forme orale, traverse la barrière placentaire pour atteindre le fœtus. Sur place, il freine les voies biologiques qui favorisent la croissance des vaisseaux sanguins anormaux constitutifs de la tumeur. Dans le cas du syndrome de Kasabach-Merritt, cela a pour effet de limiter l’aspiration des plaquettes par la masse tumorale et de réduire le risque d’hémorragie fœtale ou périnatale.

Le cas concret : Issa, un bébé stabilisé avant la naissance

Le petit garçon, prénommé Issa, a bénéficié de ce protocole anténatal. Le suivi a été assuré par une équipe pluridisciplinaire — obstétriciens, hématologues pédiatriques, radiologues et spécialistes des malformations vasculaires — qui a surveillé l’évolution de la tumeur et les paramètres sanguins du fœtus et de la mère. Au terme du traitement in utero, la tuméfaction avait considérablement diminué, limitant le risque d’obstruction des voies aériennes.

Le 14 novembre 2025, Issa est né par césarienne à la maternité de Hautepierre à Strasbourg. À la naissance, il n’a pas nécessité d’intubation pour respirer, signe que la réduction de la masse a été suffisante pour préserver ses voies respiratoires. Son taux de plaquettes restait toutefois bas, ce qui a imposé une transfusion plaquettaire en néonatologie. Les médecins ont décrit une stabilisation de la malformation, résultat qu’ils qualifient d’exceptionnel au regard du pronostic initial.

Suivi post-natal et état actuel

Après un séjour d’un mois à l’hôpital, Issa a rejoint son domicile familial où il poursuit un suivi régulier. Il continue à recevoir du sirolimus selon le protocole établi par son équipe médicale. À trois mois, les bilans cliniques montrent un nourrisson éveillé, souriant, qui se développe de manière satisfaisante : il tient bien sa tête et montre des signes de bonne progression motrice et alimentaire, commentent les médecins qui le suivent.

La mère, Viviane, a témoigné de la tension et de l’angoisse liées à la période de diagnostic et de traitement, mais aussi du soulagement et de la joie d’avoir pu ramener son enfant à la maison. Les professionnels insistent sur la nécessité d’un suivi hématologique et radiologique prolongé pour surveiller l’évolution de la tumeur et adapter la prise en charge si besoin.

Le syndrome de Kasabach-Merritt : enjeux et spécificités

Le syndrome de Kasabach-Merritt n’est pas une tumeur courante. Il se distingue par sa capacité à provoquer une consommation excessive de plaquettes et de facteurs de coagulation au sein de la masse tumorale, ce qui expose le nourrisson à des risques d’hémorragie sévère et de complications potentiellement fatales. Le diagnostic anténatal est difficile et repose sur l’imagerie obstétricale et l’expertise multidisciplinaire.

  • Signes évoquant la pathologie en anténatal : masse vasculaire volumineuse, souffrance fœtale, modification des flux sanguins à l’échographie Doppler.
  • Risques principaux : hémorragie, anémie, insuffisance respiratoire à la naissance si la tumeur comprime les voies aériennes, et complications liées à la coagulation.
  • Objectifs du traitement anténatal : réduire la taille de la masse, préserver la coagulation et permettre une naissance en conditions contrôlées.

Innovations et limites : où en est la recherche ?

La stratégie anténatale par sirolimus avait été présentée en août 2025 par le Centre de référence des anomalies vasculaires superficielles. Jusqu’alors, cette approche avait été utilisée pour d’autres types de malformations vasculaires, mais jamais pour traiter in utero un syndrome de Kasabach-Merritt de cette ampleur. Le cas d’Issa constitue donc une première documentée pour cette pathologie particulière.

Les spécialistes soulignent que l’expérience est encore limitée et que il faut rester prudent. Plusieurs points nécessitent des études complémentaires :

  1. l’optimisation des doses et de la durée du traitement maternal pour maximiser l’efficacité tout en minimisant les risques pour la mère et le fœtus ;
  2. la sélection rigoureuse des cas pouvant bénéficier d’un tel protocole, sur la base d’une expertise spécialisée ;
  3. l’évaluation à long terme des enfants exposés au sirolimus in utero, afin d’identifier d’éventuels effets retardés sur le développement ou la santé générale.

Précautions et encadrement médical

L’administration de tout médicament pendant la grossesse implique une balance bénéfice/risque soigneusement évaluée. Dans le cas présent, l’équipe médicale a estimé que le risque d’absence de traitement — mort in utero ou complications sévères à la naissance — l’emportait sur les incertitudes liées à l’exposition prénatale au sirolimus. Le consentement éclairé de la famille et une surveillance rapprochée ont été des éléments essentiels du protocole.

Organisation pluridisciplinaire

Ce succès clinique s’est appuyé sur la coordination entre plusieurs centres et spécialités : diagnostic prénatal, hématologie pédiatrique, chirurgie pédiatrique et néonatologie, ainsi que le centre de référence des anomalies vasculaires. Une telle organisation permet d’anticiper la naissance, de préparer les moyens d’intervention immédiate et d’assurer la continuité des soins après la naissance.

Impacts possibles pour la prise en charge future

Les équipes impliquées espèrent que ce premier cas ouvrira la voie à l’élaboration de protocoles standardisés pour traiter certaines malformations vasculaires graves avant la naissance. L’objectif est d’offrir une option thérapeutique viable lorsque la tumeur menace directement la vie du fœtus ou compromet sévèrement les fonctions vitales à la naissance.

Néanmoins, les cliniciens insistent sur la nécessité d’une validation plus large et d’un partage d’expérience entre centres spécialisés pour définir des recommandations nationales ou internationales. La prudence restera de mise tant que les séries de cas et les données de suivi à moyen et long terme ne seront pas suffisantes.

Conclusion

Le traitement anténatal par sirolimus utilisé pour stabiliser une tumeur vasculaire chez un fœtus représente une avancée prometteuse. Pour le petit Issa et sa famille, cette stratégie a fait la différence entre un pronostic très sombre et une naissance suivie d’une stabilisation clinique encourageante. Pour la communauté médicale, ce dossier marque une étape importante qui devra être consolidée par des études complémentaires et un suivi rigoureux des enfants concernés.

Au-delà du cas individuel, cette réussite met en lumière l’importance du diagnostic prénatal précoce, de la collaboration entre centres de référence et de la recherche pour étendre les possibilités thérapeutiques chez les fœtus atteints de pathologies potentiellement létales. La vigilance clinique et la recherche continue resteront indispensables pour transformer cette première en une option thérapeutique sécurisée et reproductible.

Les noms des médecins et des équipes cités reflètent le travail coordonné des centres impliqués dans la prise en charge de ce dossier.

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