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Fin de vie : l’Assemblée relance le marathon parlementaire pour la loi promise par Macron

L’Assemblée nationale rouvre le débat sur deux propositions de loi liées à la fin de vie : l’une sur les soins palliatifs, l’autre, plus polémique, sur la création d’un droit à l’aide à mourir. Malgré l’engagement d’Emmanuel Macron d’aller « enfin au bout du travail législatif », la route vers une adoption définitive reste semée d’obstacles institutionnels et politiques.

Fin de vie : l’Assemblée relance le marathon parlementaire pour la loi promise par Macron

Un nouveau round s’ouvre à l’Assemblée nationale. Ce lundi, les députés vont de nouveau débattre de deux textes qui touchent à l’une des questions les plus sensibles du droit et de la médecine : la fin de vie. L’une des propositions vise à renforcer les soins palliatifs, sujet sur lequel un large consensus semble possible ; l’autre, qui crée un droit à l’aide à mourir, divise profondément les bancs et relance un affrontement politique et éthique déjà vif.

Retour en arrière : où en est-on du parcours législatif ?

Le projet porté par le député Olivier Falorni et le groupe Modem avait été adopté en première lecture à l’Assemblée en mai, par 305 voix pour et 199 contre. Mais il a buté au Sénat, qui l’a rejeté après des débats qualifiés d’orageux. Faute d’accord entre les deux chambres, le texte n’a pas pu être promulgué et a été renvoyé à l’Assemblée pour une nouvelle lecture.

Un vote solennel est programmé le 24 février, étape symbolique qui devrait permettre, en cas d’adoption, de maintenir la pression politique. Mais l’adoption à l’Assemblée ne signifie pas pour autant la fin du processus : en l’absence d’un accord avec le Sénat, une commission mixte paritaire (CMP) doit être réunie pour tenter un compromis. Si celle-ci échoue, le texte fera l’objet de nouvelles lectures dans les deux chambres avant qu’une version définitive puisse, éventuellement, voir le jour.

La promesse présidentielle et le calendrier

Lors de ses vœux du 31 décembre, Emmanuel Macron avait inscrit la loi sur la fin de vie parmi ses priorités pour 2026 : « Nous irons, enfin, au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité, sujet sur lequel je m’étais engagé, devant vous en 2022 », avait déclaré le président. Cette impulsion présidentielle met le dossier sous haute tension, mais elle ne suffit pas à effacer les contraintes du calendrier parlementaire ni les oppositions politiques.

La présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, ainsi que certains députés, espèrent une adoption avant la pause estivale. Mais le calendrier est déjà chargé : plusieurs textes majeurs attendent d’être examinés et le gouvernement, représenté dans l’organisation des travaux parlementaires par le ministre en charge du calendrier, Sébastien Lecornu, doit arbitrer les priorités. Du côté du Sénat, la tenue des élections sénatoriales et la volonté de ne pas siéger en juillet compliquent encore le calendrier.

Que contient précisément le texte sur l’aide à mourir ?

Le cœur de la proposition contestée consiste à créer un « droit à l’aide à mourir ». Concrètement, il s’agit d’autoriser et d’accompagner un patient qui le demande à s’administrer une substance létale, ou à se la faire administrer par un médecin ou un infirmier s’il n’est pas physiquement en mesure d’agir. L’intention affichée est d’offrir une réponse légale et encadrée à des personnes confrontées à des souffrances intolérables et irréversibles.

En parallèle, un autre texte porté à l’Assemblée vise à renforcer les soins palliatifs et à améliorer l’accès à ces prises en charge. Lors de la première lecture, les députés avaient validé la création d’un droit opposable aux soins palliatifs, mesure destinée à garantir que toute personne puisse obtenir des soins adaptés. Ce droit opposable a été supprimé par le Sénat, provoquant une nouvelle menace de désaccord entre les chambres.

Les points sensibles et les garde-fous

Plusieurs éléments du dispositif feront l’objet de discussions serrées :

  • Les conditions d’éligibilité : quelle définition de la souffrance insupportable ? quelles maladies et situations ouvriraient droit à la procédure ?
  • La nature et le nombre d’avis médicaux nécessaires : consultation de spécialistes, avis psychiatrique, seconde opinion indépendante.
  • Les délais et procédures destinés à éviter toute décision hâtive ou contrainte, en incluant des temps de réflexion et des possibilités de recours.
  • La place des professionnels de santé : obligations, consciences et possibilités d’objection de conscience pour médecins et infirmiers.
  • Les garanties administratives et pénales pour encadrer les actes effectués dans le cadre légal afin d’éviter les dérives.

Les enjeux politiques et sociétaux

Le sujet peine à rassembler. À gauche comme à droite, les positionnements varient et traversent parfois les familles politiques. Pour certains, la reconnaissance d’un droit à l’aide à mourir est une avancée de liberté et de dignité individuelle ; pour d’autres, elle représente une rupture éthique majeure qui risque de fragiliser la protection des personnes vulnérables.

Le débat mêle des considérations médicales, juridiques, religieuses et culturelles. Les associations de patients, des collectifs de soignants, des syndicats et des organisations religieuses ont déjà exprimé des positions contrastées. Les débats au Parlement reflèteront ces fractures : si le texte sur les soins palliatifs recueille un accueil plutôt favorable, la partie sur l’aide à mourir soulève des oppositions fortes, jusque dans les rangs des majorités parlementaires potentielles.

La stratégie parlementaire : obstacles et issues possibles

Plusieurs scénarios demeurent plausibles :

  • Adoption à l’Assemblée puis conciliation réussie avec le Sénat via une CMP, aboutissant à un texte commun et ensuite promulgué.
  • Adoption à l’Assemblée mais échec de la CMP, entraînant de nouvelles lectures et un long cycle législatif susceptible de s’étaler sur plusieurs mois, voire au-delà de l’année parlementaire.
  • Blocage durable au Sénat, conduisant à un « pourrissement » du dossier si le gouvernement ne parvient pas à imposer un calendrier prioritaire pour trancher.

Le député Olivier Falorni se dit confiant et estime que le gouvernement et l’Élysée prendront les décisions nécessaires pour inscrire le texte dans les travaux parlementaires afin de l’adopter. Néanmoins, certains observateurs redoutent que des tactiques dilatoires ou l’absence de majorité claire n’empêchent toute avancée rapide.

Quelles conséquences pour les soignants et les patients ?

Si la loi venait à être adoptée, elle modifierait le cadre juridique encadrant la fin de vie en France et aurait des répercussions directes sur la pratique médicale. Les établissements de santé, les médecins et les infirmiers seraient amenés à appliquer des procédures nouvelles, à recevoir des formations spécifiques et à intégrer des protocoles de sécurité et de suivi.

Pour les patients et leurs proches, l’enjeu est la garantie d’un accompagnement sécurisé et respectueux des volontés. Les partisans insistent sur la nécessité d’une loi claire pour empêcher l’arbitraire, tandis que les opposants soulignent le risque que des pressions sociales, familiales ou économiques pèsent sur des décisions de fin de vie.

Le rôle central des soins palliatifs

Quel que soit l’issue législative, la question des soins palliatifs demeure cruciale. Renforcer l’accès, les moyens et la qualité des équipes mobiles et des structures spécialisées fait partie des revendications partagées par de nombreux acteurs. Restaurer ou conserver un droit opposable aux soins palliatifs est l’une des pierres d’achoppement entre Assemblée et Sénat, et son sort influencera la perception globale du texte.

Calendrier et perspectives

Le vote solennel prévu le 24 février constitue une étape importante mais non décisive. S’ensuivront des négociations et, si nécessaire, de nouvelles lectures. Les prochaines semaines seront déterminantes : elles diront si la volonté présidentielle et l’activisme parlementaire suffisent à surmonter les obstacles institutionnels et politiques, ou si le projet sera à nouveau retardé.

Conclusion

Le retour du débat à l’Assemblée montre que la fin de vie reste un sujet incontournable et profondément clivant. Entre volonté de répondre aux demandes d’autonomie des patients et nécessité de protéger les plus vulnérables, l’équation politique et éthique reste délicate. La promesse du chef de l’État inscrit le dossier à l’agenda, mais son adoption effective dépendra des arbitrages, des compromis et de la capacité des chambres à converger vers un texte équilibré et sécurisé.

Dans ce marathon parlementaire, chaque étape — débats, votes, éventuelle CMP — comptera. Pour les patients, les soignants et les familles concernés, l’attente se poursuit, loin des éclairages médiatiques, dans la recherche d’un cadre qui garantisse à la fois dignité, sécurité et respect des consciences.

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