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Hausse inquiétante des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans : ce que l’on sait et ce qui reste mystérieux

La mort de l’acteur James Van Der Beek rappelle une augmentation marquée des cancers colorectaux chez les personnes nées dans les années 1980-1990, dont les causes restent partiellement inconnues. Les chercheurs pointent plusieurs pistes — mode de vie, antibiotiques, microbiote intestinal — mais aucun facteur unique n’explique l’essor rapide des cas chez les jeunes.

La disparition de l’acteur américain James Van Der Beek, emporté par un cancer colorectal à 48 ans, a relancé l’attention du public et des scientifiques sur une tendance inquiétante : la hausse du nombre de cancers colorectaux chez les personnes de moins de 50 ans. Si cette maladie reste majoritairement diagnostiquée chez les personnes âgées, plusieurs études récentes soulignent une augmentation nette des cas parmi les générations nées dans les années 1980-1990. Les causes précises de cette montée restent cependant en grande partie mystérieuses.

Des chiffres qui interpellent

Des travaux publiés récemment mettent en lumière une hausse significative du risque de cancer colorectal selon le cohort né. Une étude internationale a ainsi montré que les personnes nées dans les années 1990 présentent un risque environ quatre fois supérieur à celui des personnes nées dans les années 1960. Parallèlement, une publication dans la revue JAMA a indiqué que, aux États-Unis, le cancer colorectal est devenu la première cause de mortalité par cancer chez les moins de 50 ans.

Cependant, il est important de relativiser ces chiffres : les cas chez les jeunes représentent encore une minorité du total — environ 6 % des diagnostics selon certaines séries — mais la vitesse et l’ampleur de l’augmentation sont ce qui alarme la communauté médicale.

Qui est concerné et comment se présentent les cas chez les jeunes ?

La majorité des cas de cancer colorectal restent liés à des personnes plus âgées, mais l’élévation observée concerne surtout les générations récentes. Les jeunes patients peuvent présenter des variantes biologiques différentes et, souvent, un diagnostic tardif, faute d’y penser quand l’âge ne fait pas suspecter la maladie. Des personnalités médiatiques décédées récemment à un âge jeune — comme Chadwick Boseman ou James Van Der Beek — ont donné une visibilité accrue à ce phénomène.

Les tumeurs détectées chez les patients jeunes montrent une grande diversité en termes de localisation, d’apparence histologique et de profils moléculaires. Cette hétérogénéité laisse penser que plusieurs facteurs, parfois combinés, pourraient être à l’origine de l’augmentation.

Quelles pistes pour expliquer cette hausse ?

Les explications proposées par les chercheurs se répartissent en deux grandes catégories : des facteurs de risque classiques, liés au mode de vie, et des pistes plus récentes faisant intervenir le microbiote intestinal ou des expositions environnementales encore mal identifiées.

Facteurs liés au mode de vie

  • Surpoids et obésité : l’augmentation du poids moyen dans de nombreuses populations est considérée comme un facteur contribuant au risque de cancer colorectal.
  • Alimentation : une consommation élevée d’aliments ultratransformés, de graisses saturées et une faible consommation de fibres sont suspectées d’augmenter le risque.
  • Sédentarité, alcool et tabac : ces facteurs, déjà impliqués dans plusieurs cancers, sont également pointés comme pouvant contribuer à l’augmentation globale des cas.

Cependant, ces facteurs traditionnels n’expliquent pas à eux seuls la rapidité de l’augmentation observée chez les générations nées plus récemment. De nombreux jeunes atteints d’un cancer colorectal ont des modes de vie qui ne paraissent pas présenter de risques majeurs, ce qui conduit les chercheurs à explorer d’autres hypothèses.

Le rôle du microbiote et des bactéries « génotoxiques »

Une piste majeure explorée aujourd’hui est celle du microbiote intestinal — l’ensemble des microbes qui vivent dans notre tube digestif. Une étude publiée dans la revue Nature a mis en évidence un indice important : des signatures moléculaires de mutations attribuées à une toxine bactérienne appelée colibactine, produite par certaines souches d’Escherichia coli, semblent plus fréquentes dans des tumeurs colorectales de patients jeunes que chez des patients plus âgés.

Autrement dit, certaines bactéries intestinales produiraient des molécules capables d’endommager l’ADN des cellules épithéliales du côlon, favorisant l’apparition de tumeurs. Ce résultat est prometteur mais demande des confirmations et des études de population plus larges pour évaluer l’importance réelle du phénomène et son rôle dans l’augmentation des cas.

Antibiotiques, perturbations précoces du microbiote et autres expositions

Des travaux suggèrent aussi qu’un usage répété ou précoce d’antibiotiques pourrait modifier durablement la composition du microbiote et augmenter, à long terme, le risque de cancer colorectal. D’autres hypothèses concernent des expositions environnementales, des changements dans les habitudes alimentaires dès l’enfance, ou des interactions complexes entre génétique et milieu.

Pourquoi les jeunes sont-ils souvent diagnostiqués tard ?

Le retard de diagnostic tient en grande partie au fait que le cancer colorectal est classiquement associé à l’âge. Médecins et patients ont donc tendance à attribuer des symptômes digestifs à des causes bénignes chez des personnes jeunes. Or ces symptômes peuvent être les suivants :

  • Présence de sang dans les selles (visible ou détectable par test)
  • Changements persistants du transit intestinal : diarrhée ou constipation
  • Douleurs abdominales récurrentes
  • Perte de poids inexpliquée et fatigue persistante

Face à l’apparition de ces signes — surtout s’ils persistent ou s’ils s’aggravent — il est essentiel de consulter un professionnel de santé pour envisager les examens appropriés.

Dépistage et prévention : que proposent les autorités ?

Pour répondre à cette émergence, certains pays ont déjà adapté leurs recommandations. Les États-Unis, par exemple, ont abaissé en 2021 l’âge de départ du dépistage systématique du cancer colorectal de 50 à 45 ans. Cette mesure vise à détecter des lésions précancéreuses ou des cancers à un stade plus précoce chez des personnes plus jeunes.

Dans d’autres pays, comme la France ou le Royaume-Uni, le dépistage organisé reste conseillé à partir de 50 ans pour la population générale. Des débats ont lieu parmi les experts pour savoir s’il faut abaisser cet âge dans d’autres systèmes de santé, notamment en tenant compte des ressources, du rapport bénéfice/risque et de l’incidence locale de la maladie.

La prévention primaire repose, quant à elle, sur des mesures connues : maintien d’un poids sain, alimentation riche en fibres, activité physique régulière, limitation de la consommation d’alcool et du tabac. Mais comme le soulignent les spécialistes, ces mesures ne suffiront peut‑être pas à expliquer ou inverser la tendance observée chez les plus jeunes.

Que retenir et que faire ?

Plusieurs points sont à retenir :

  1. Le cancer colorectal augmente chez les générations nées dans les années 1980-1990, mais reste majoritairement une maladie des personnes âgées.
  2. Les causes de cette hausse sont probablement multiples : mode de vie, microbiote, usage d’antibiotiques et facteurs encore inconnus.
  3. Les symptômes digestifs persistants doivent être évalués sans délai, quel que soit l’âge.
  4. Le dépistage précoce est discuté et, dans certains pays, l’âge de départ a déjà été abaissé ; il est important de suivre les recommandations nationales et d’en parler avec son médecin.

Enfin, la communauté scientifique appelle à poursuivre et intensifier la recherche pour mieux comprendre les mécanismes à l’origine de cette augmentation et pour développer des stratégies de prévention et de dépistage adaptées. Jusqu’à ce que ces travaux apportent des réponses définitives, la vigilance individuelle et collective reste la meilleure arme : connaître les symptômes, consulter rapidement et, le cas échéant, participer aux programmes de dépistage proposés par les autorités sanitaires.

Quand consulter en urgence ?

Si vous observez du sang rouge vif dans les selles, une douleur abdominale intense ou une faiblesse marquée accompagnée d’une perte de poids rapide, il faut consulter en urgence. Pour des symptômes moins sévères mais persistants (changements du transit, fatigue inexpliquée), un rendez‑vous rapide avec son médecin traitant est conseillé.

La recherche progresse mais la question reste ouverte : pourquoi tant d’augmentation en si peu de temps ? La réponse passera probablement par la combinaison de plusieurs disciplines — épidémiologie, microbiologie, génétique et sciences environnementales — et, surtout, par l’attention portée aux patients, jeunes et moins jeunes, qui présentent des signes évocateurs.

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