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Unplugged : combien rapporte la prévention contre tabac, alcool et cannabis chez les collégiens ?

Une analyse coût‑bénéfice réalisée par Santé publique France et IQVIA montre que le programme Unplugged, déployé dans les collèges, réduit l'usage de substances chez les 12‑14 ans. Chaque euro investi génère d'importantes économies en dépenses de santé, avec des gains sociétaux encore plus élevés quand on prend en compte les années de vie sauvées.

Unplugged : combien rapporte la prévention contre tabac, alcool et cannabis chez les collégiens ?

Santé publique France, en partenariat avec le département Health Economics and Outcomes Research d’IQVIA, a publié une analyse coût‑bénéfice du programme Unplugged dans le contexte français. Destiné aux collégiens de 12 à 14 ans, ce programme vise à prévenir l’initiation et la consommation de tabac, d’alcool et de cannabis par le développement des compétences psychosociales et des interventions interactives menées en classe. L’étude porte sur le déploiement national du programme — mis en place dans 267 collèges depuis 2019 — et s’appuie sur les résultats positifs d’une évaluation réalisée dans le Loiret.

Qu’est‑ce que le programme Unplugged ?

Unplugged est un programme européen d’éducation à la vie affective et aux choix de santé, adapté pour les collégiens. Il est conçu pour être animé par des enseignants et se déroule au sein des heures de classe, sans recourir à des intervenants externes systématiques. Les méthodes pédagogiques incluent :

  • des jeux de rôle pour expérimenter des situations sociales,
  • des discussions guidées pour corriger les fausses croyances normatives (perception de la consommation des pairs),
  • des activités collectives et des exercices de prise de décision,
  • des apports d’information sur les effets des substances psychoactives et sur les conséquences sur la santé.

L’objectif est double : réduire l’expérimentation et la consommation, tout en renforçant les compétences psychosociales (résolution de problèmes, gestion des émotions, assertion sociale) qui protègent à long terme contre l’usage de substances.

Méthodologie de l’analyse coût‑bénéfice

L’analyse s’inspire de la méthodologie du Washington State Institute for Public Policy (WSIPP), adaptée au contexte français. Elle prend en compte plusieurs catégories de coûts et de bénéfices sur une période de projection à moyen et long terme :

  • les coûts directs du programme (formation des enseignants, matériels pédagogiques, temps d’enseignement consacré),
  • les coûts de santé évités (prise en charge des maladies liées au tabac, à l’alcool et au cannabis, consultations, hospitalisations),
  • la valeur des années de vie ajustées pour la qualité (QALY) ou des années de vie sauvées, intégrées comme bénéfices sociétaux,
  • les coûts indirects potentiels, tels que la perte de productivité liée aux dépendances, dans la mesure des données disponibles.

Les modèles combinent les effets mesurés sur les cohorts scolaires (réduction de l’initiation et de la consommation) avec des estimations épidémiologiques des conséquences à long terme de ces comportements sur la santé et les dépenses publiques. Les paramètres utilisés sont explicités dans le rapport et soumis à des analyses de sensibilité pour tester la robustesse des résultats face aux incertitudes.

Résultats principaux : un fort retour sur investissement

Les résultats indiquent qu’un euro investi dans le programme Unplugged conduirait à une économie moyenne de 6 euros en coûts de santé. Lorsque la valeur monétaire des années de vie sauvées est prise en compte — c’est‑à‑dire l’impact sur la mortalité évitée et sur la qualité de vie — le bénéfice sociétal par euro investi peut grimper jusqu’à 150 euros. Ces ordres de grandeur reflètent :

  • la prévention d’initiations précoces qui entraînent souvent des trajectoires à risque à l’âge adulte,
  • la réduction d’épisodes de consommation problématique chez les adolescents,
  • la diminution des attentes sociales favorables à la consommation.

Ces estimations reposent sur des hypothèses prudentes et sur une gamme de scénarios testés en analyse de sensibilité. Elles montrent néanmoins que les interventions scolaires structurées et basées sur des preuves peuvent générer des bénéfices économiques substantiels en plus de leurs gains de santé directe.

Pourquoi intégrer l’analyse économique à l’évaluation des programmes de prévention ?

L’analyse coût‑bénéfice complète l’évaluation d’efficacité classique en fournissant une vision des conséquences financières et sociétales d’une intervention. Elle permet :

  • de prioriser les actions en fonction de leur efficacité et de leur rentabilité,
  • d’informer les décideurs publics et les financeurs sur l’allocation optimale des ressources,
  • de soutenir des décisions de montée en charge ou de généralisation en montrant l’ampleur des gains potentiels pour la collectivité.

Pour Santé publique France, le développement de compétences en économie de la santé s’inscrit dans les missions de prévention et dans le cadre du Contrat Objectifs et Performances. La mesure du retour sur investissement renforce la capacité à défendre des politiques durables et basées sur des données probantes.

Limites et hypothèses à garder à l’esprit

Comme toute étude de modélisation, l’analyse présente des limites :

  • les effets mesurés à court terme dans l’évaluation du Loiret doivent être interprétés avec prudence pour les projections à long terme ; la persistance des effets dépend de la fidélité de la mise en œuvre et d’éventuelles sessions de renforcement,
  • certaines dépenses et bénéfices indirects sont difficiles à quantifier de manière précise (par exemple, les impacts sur la scolarité ou la trajectoire professionnelle),
  • les paramètres épidémiologiques et économiques utilisés sont sujets à incertitudes qui ont été examinées via des analyses de sensibilité mais qui restent présentes,
  • la généralisation des résultats à l’ensemble des collèges suppose une mise en œuvre conforme au modèle testé, ce qui nécessite formation, accompagnement et suivis locaux.

Les auteurs insistent sur la transparence des hypothèses et la nécessité de mises à jour régulières des modèles au fur et à mesure que de nouvelles données d’impact et de coût deviennent disponibles.

Implications pour les acteurs de terrain

Les résultats donnent des repères utiles pour les collectivités, les équipes éducatives et les professionnels de santé impliqués dans la prévention :

  • investir dans la formation des enseignants et dans des outils pédagogiques de qualité est un prérequis pour garantir l’efficacité et la fidélité d’Unplugged,
  • prévoir des temps de renforcement et d’évaluation périodique permet de maintenir les effets sur plusieurs années,
  • penser l’intervention dans une logique d’écosystème de prévention qui associe les familles, les services de santé scolaire et les partenaires locaux pour maximiser l’impact,
  • intégrer des indicateurs économiques simples dans les évaluations locales facilite le suivi du retour sur investissement et la prise de décision budgétaire.

Recommandations pour une montée en charge réussie

Sur la base des conclusions de l’analyse, plusieurs recommandations émergent :

  1. associer la formation initiale et continue des enseignants à des ressources pédagogiques adaptées et à un tutorat local pour accompagner la mise en œuvre,
  2. prévoir des dispositifs d’évaluation et de monitoring standardisés pour collecter des données de suivi sur la consommation et les déterminants psychosociaux,
  3. cibler prioritairement les établissements où les risques d’initiation sont les plus élevés tout en veillant à l’équité d’accès au programme,
  4. considérer des campagnes d’information complémentaires pour les familles afin de renforcer les messages de prévention transmis à l’école,
  5. réaliser des analyses économiques actualisées lors de l’élargissement du programme pour assurer la transparence budgétaire et adapter les choix politiques.

Conclusion

L’analyse coût‑bénéfice conduite par Santé publique France et IQVIA met en lumière le potentiel économique et sanitaire du programme Unplugged lorsqu’il est bien mis en œuvre dans les collèges. Au‑delà des gains de santé pour les adolescents, la prévention scolaire structurée peut représenter un investissement rentable pour la société, avec des économies substantielles en dépenses de santé et des bénéfices sociaux significatifs lorsque l’on intègre la valeur des années de vie sauvées. Ces résultats plaident pour un renforcement des dispositifs de prévention à l’école, couplé à un suivi rigoureux de la qualité de mise en œuvre et à des évaluations économiques régulières pour guider les choix publics.

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