La disparition de l’acteur américain James Van Der Beek, décédé le 11 février à 48 ans d’un cancer colorectal, relance une inquiétude déjà largement documentée : une augmentation significative des cas de cancer du côlon et du rectum chez les adultes de moins de 50 ans. Si ces décès chez des personnalités attirent l’attention du public, les chercheurs s’efforcent depuis plusieurs années de comprendre pourquoi la maladie progresse plus tôt chez certaines générations.
Des chiffres qui interpellent
Plusieurs études récentes montrent une tendance nette : les personnes nées à la fin du 20ᵉ siècle présentent un risque plus élevé de développer un cancer colorectal à un âge précoce que les générations précédentes. Une étude publiée dans le Journal of the National Cancer Institute indiquait que les personnes nées dans les années 1990 ont jusqu’à quatre fois plus de risque qu’une génération née dans les années 1960. Aux États-Unis, une étude parue dans la revue JAMA a montré que, chez les moins de 50 ans, le cancer colorectal est désormais la première cause de mortalité par cancer, une statistique particulièrement alarmante même si le nombre absolu de cas reste globalement plus faible que chez les personnes âgées.
Toutefois, il faut remettre ces chiffres en perspective : les cancers colorectaux demeurent majoritairement diagnostiqués chez des personnes plus âgées. En Irlande du Nord, les chercheurs estiment que seulement environ 6 % des diagnostics concernent des patients de moins de 50 ans. Mais la hausse relative dans les classes d’âge plus jeunes et le fait que ces cancers sont souvent détectés tardivement expliquent l’émotion et l’urgence ressenties par la communauté médicale.
Quelles hypothèses pour expliquer cette hausse ?
Les causes exactes de cette augmentation restent inexpliquées. Les facteurs de risque classiques du cancer colorectal — surpoids, alimentation riche en produits transformés, consommation excessive d’alcool, tabagisme, sédentarité — sont naturellement mis en cause. Mais ils n’expliquent pas entièrement l’ampleur et la rapidité de la progression observée chez les jeunes adultes.
Plusieurs spécialistes interrogés par la presse et la communauté scientifique soulignent que les habitudes de vie ont évolué, mais que la variation des profils de patients laisse supposer que d’autres facteurs, encore mal compris, jouent un rôle. Jenny Seligmann, chercheuse spécialisée dans le cancer colorectal à l’université de Leeds, reconnaît que « nous l’ignorons » et que la multiplicité des sous-types de la maladie complique l’identification d’une cause unique.
Le microbiote intestinal, piste prometteuse
Parmi les pistes explorées, celle du microbiote intestinal suscite un intérêt croissant. Le microbiote — cet écosystème constitué de milliards de micro-organismes qui vivent dans notre intestin — influence de nombreuses fonctions digestives et immunitaires. Une étude publiée dans la revue Nature a mis en lumière un élément potentiellement important : des mutations caractéristiques liées à la colibactine, une toxine produite par certaines souches d’Escherichia coli, ont été retrouvées plus fréquemment dans les tumeurs de patients jeunes atteints d’un cancer colorectal que chez des patients plus âgés. Cette observation constitue un « premier indice très important », selon plusieurs spécialistes, mais nécessite davantage de travaux pour établir un lien de causalité clair.
Par ailleurs, d’autres travaux suggèrent qu’un usage répété d’antibiotiques, qui perturbe durablement l’équilibre du microbiote, pourrait être associé à un risque accru de cancer colorectal précoce. Ces hypothèses restent cependant encore à confirmer par des études longitudinales et mécanistiques.
D’autres facteurs possibles
- Exposition à des agents environnementaux encore mal identifiés ;
- Influence de régimes alimentaires contemporains (alimentation ultratransformée, faible consommation de fibres) ;
- Facteurs métaboliques liés à l’obésité et aux inflammations chroniques ;
- Interactions complexes entre génétique, microbiote et environnement.
Les chercheurs insistent sur le fait qu’il est probable que plusieurs facteurs conjugués expliquent l’augmentation des cas et que la recherche devra se concentrer sur des approches multidisciplinaires.
Symptômes et détection : à quoi être attentif ?
La détection précoce est cruciale pour améliorer le pronostic du cancer colorectal. Les symptômes qui doivent inciter à consulter un médecin sont :
- Présence de sang dans les selles ou selles foncées ;
- Modification durable du transit (diarrhée ou constipation persistante) ;
- Douleurs abdominales récurrentes ou inconfort digestif persistant ;
- Perte de poids inexpliquée ;
- Fatigue inhabituelle et persistante.
Malheureusement, chez les plus jeunes, ces signes peuvent être attribués à d’autres causes plus fréquentes (hémorroïdes, infections intestinales, troubles fonctionnels) et retarder le diagnostic. James Van Der Beek lui-même, qui avait évoqué en 2023 un cancer de stade avancé, appelait à la vigilance : « si vous avez 45 ans ou plus, consultez votre médecin », disait-il. Ce type de message souligne l’importance d’écouter son corps et de ne pas banaliser des symptômes persistants.
Dépistage : vers un abaissement de l’âge ?
Face à la montée des cas chez les moins de 50 ans, certaines autorités sanitaires ont ajusté leurs recommandations. Aux États-Unis, l’âge de départ du dépistage systématique a été abaissé de 50 à 45 ans en 2021. Cette décision repose sur l’observation d’une augmentation des cancers précoces et sur l’objectif de détecter les tumeurs à un stade plus précoce, lorsque les traitements sont plus efficaces.
Dans d’autres pays, comme le Royaume-Uni et la France, le dépistage organisé est encore proposé à partir de 50 ans. Des voix s’élèvent pour faire évoluer ces seuils, mais une adaptation des programmes nationaux exige des évaluations de coûts, de faisabilité et d’impact sur la population. Les spécialistes insistent aussi sur l’importance d’améliorer la sensibilisation du grand public et des professionnels de santé à la possibilité d’un cancer colorectal chez des patients plus jeunes.
Que faire si l’on est inquiet ?
- Consulter son médecin traitant en cas de symptômes persistants ;
- Expliquer clairement les signes observés et leur durée ;
- Demander, le cas échéant, des examens complémentaires (analyse de selles, coloscopie, imagerie) ;
- Discuter des antécédents familiaux : un antécédent familial de cancer colorectal peut justifier un dépistage plus précoce et un suivi adapté ;
- Adopter, autant que possible, des facteurs de prévention modifiables : alimentation riche en fibres, activité physique régulière, limitation de l’alcool et du tabac, maintien d’un poids santé.
Il est aussi important de rappeler que la recherche progresse : de nouveaux travaux sur le rôle du microbiote, sur des marqueurs moléculaires et sur des stratégies de prévention sont en cours. Des découvertes récentes offrent des pistes encourageantes, mais les scientifiques insistent sur la prudence et la nécessité de confirmer ces résultats par des études complémentaires.
Conclusion : vigilance et recherche
La mort de personnalités publiques comme James Van Der Beek et, auparavant, Chadwick Boseman, met en lumière une réalité scientifique préoccupante : le cancer colorectal ne touche plus exclusivement les personnes âgées. Si les causes précises de cette hausse chez les jeunes restent à identifier, la combinaison de mesures — amélioration du dépistage, information du public, recherches sur le microbiote et les expositions environnementales — apparaît comme la voie la plus prometteuse pour comprendre et freiner cette tendance.
Pour chaque individu, la meilleure attitude demeure la vigilance vis-à-vis des symptômes et la consultation rapide en cas d’anomalie. À l’échelle collective, il faudra encore du temps et des études rigoureuses pour lever le mystère de cette hausse relativement soudaine des cancers colorectaux chez des adultes de plus en plus jeunes.
Rédaction Santequotidien.fr — Nous continuerons de suivre les avancées scientifiques et les recommandations des autorités sanitaires afin d’informer nos lecteurs des nouveautés concernant le dépistage, la prévention et la prise en charge du cancer colorectal.