Santé mentale : comprendre les déterminants pour mieux agir ensemble
La santé mentale n’est pas uniquement l’absence de maladie psychique : elle renvoie au bien-être émotionnel, psychologique et social qui permet à chacun de faire face aux tensions de la vie, de travailler et de contribuer à sa communauté. Ces dernières années, la question de la santé mentale a gagné en visibilité, portée par des témoignages publics, par les conséquences de la pandémie et par la reconnaissance institutionnelle : en 2025, la santé mentale a été désignée Grande cause nationale. Mais pour transformer cette visibilité en actions concrètes, il est indispensable de comprendre les déterminants qui pèsent sur la santé psychique et les leviers sur lesquels agir.
Redéfinir la santé mentale : au-delà des diagnostics
Le concept de santé mentale a évolué. On parle désormais d’un continuum : d’un côté, des troubles identifiables ; de l’autre, des états de mal-être qui ne sont pas toujours pathologisés. Le « modèle du double continuum » illustre que l’on peut avoir un diagnostic et néanmoins conserver un certain bien-être, ou inversement se sentir très mal sans que la souffrance relève d’une maladie psychiatrique. Cette perspective élargit le cadre d’action : il ne suffit pas de soigner des pathologies, il faut promouvoir des facteurs qui soutiennent le bien-être au quotidien.
Les déterminants sociaux, économiques et environnementaux
La santé mentale est profondément influencée par des facteurs extérieurs à l’individu. Parmi les déterminants majeurs, on compte :
- Le logement : l’insécurité résidentielle, le surpeuplement, la précarité ou l’habitat dégradé augmentent le stress et les risques psychologiques.
- La situation économique : le niveau de revenu, le chômage, la pauvreté et l’endettement constituent des facteurs de vulnérabilité majeurs.
- La discrimination et l’exclusion : le racisme, le sexisme, l’homophobie ou l’exclusion sociale détériorent la santé psychique des personnes concernées.
- L’environnement urbain : le bruit, la pollution, l’absence d’espaces verts et la densité peuvent augmenter l’anxiété et réduire les opportunités de répit.
- Le milieu professionnel : les conditions de travail, les risques psychosociaux, l’insécurité d’emploi et le manque d’autonomie pèsent sur la santé mentale des salariés.
- L’éducation et les écoles : un climat scolaire peu bienveillant ou des dispositifs d’appui insuffisants entravent le développement des compétences psychosociales chez les enfants et les adolescents.
Ces déterminants agissent en interaction : la précarité économique peut conduire à un logement inadapté, qui lui-même augmente l’isolement social et la vulnérabilité psychologique. Comprendre ces enchaînements est une condition pour concevoir des politiques publiques efficaces.
Les facteurs de protection : ce qui renforce la résilience
À côté des risques, il existe des facteurs de protection qui réduisent la probabilité de souffrance psychique ou en atténuent les conséquences. Parmi eux :
- La qualité des liens sociaux : un réseau familial et amical soutenant diminue notablement le risque de dépression et la mortalité prématurée. La lutte contre l’isolement est donc une priorité de santé publique.
- L’accès à des services adaptés : des soins accessibles, non stigmatisants et intégrés (santé mentale dans les soins primaires, lieux de parole, pair-aidance) facilitent le repérage et l’accompagnement.
- Le développement des compétences psychosociales : apprendre à gérer ses émotions, à résoudre des problèmes et à tisser des relations saines dès le plus jeune âge est protecteur sur le long terme.
- Des environnements favorables : des villes pensés pour le bien-être (espaces verts, lieux de rencontre), des écoles sécurisantes et des entreprises qui prennent en compte la santé mentale réduisent les risques à grande échelle.
Agir à plusieurs niveaux : politiques publiques, collectivités, acteurs locaux
Une stratégie efficace doit être multisectorielle. Les leviers sont répartis entre différents champs d’action :
Logement et politique sociale
Garantir un accès stable à un logement décent est une mesure de prévention essentielle. Des politiques ciblées vers les personnes en grande précarité, couplées à des accompagnements sociaux, contribuent à réduire la charge mentale liée à l’insécurité résidentielle.
Urbanisme favorable au bien-être
La manière dont sont conçues les villes influence la santé mentale. Favoriser les espaces verts, limiter la pollution et le bruit, créer des lieux de proximité où se rencontrent habitants et associations, sont autant de solutions pour recréer du lien social et offrir des respirations nécessaires au quotidien.
Le travail : prévention et qualité de vie
Le milieu professionnel peut être un facteur de stress ou au contraire un vecteur d’épanouissement. Les entreprises et les institutions doivent intégrer la prévention des risques psychosociaux dans leur politique RH, promouvoir l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et offrir des dispositifs d’écoute et d’accompagnement.
L’école et le développement des compétences
L’école est un lieu privilégié pour développer les compétences psychosociales et repérer précocement les signes de souffrance. Des programmes éducatifs structurés, des formations pour les équipes enseignantes et des environnements scolaires sécurisants participent à la prévention universelle.
Initiatives et outils : du numérique à la pair‑aidance
De nouveaux outils viennent aujourd’hui compléter les dispositifs traditionnels :
- Outils numériques validés : certaines plateformes et ressources numériques à vocation éducative et préventive peuvent aider à disseminer des conseils et des exercices de gestion émotionnelle, à condition qu’elles reposent sur des données scientifiques et des garanties d’accès et de confidentialité.
- Pair‑aidance : l’expérience vécue des personnes concernées est une ressource précieuse. La reconnaissance et l’intégration de la pair‑aidance dans les parcours de soin et d’accompagnement permettent de compléter l’offre et de favoriser l’entraide.
- Actions sportives et culturelles : le sport, les activités artistiques et communautaires renforcent le sentiment d’appartenance et participent au bien-être émotionnel.
Mesurer pour mieux agir
Pour concevoir des politiques efficaces, il est nécessaire de disposer d’indicateurs complémentaires : au-delà de la prévalence des troubles, il faut mesurer le bien‑être, la literatie en santé mentale et l’accès aux ressources. Des approches innovantes, comme la notion de « santé mentale positive », cherchent à capter des dimensions de bien‑être souvent absentes des statistiques classiques.
Concertation et mobilisation : pourquoi agir collectivement
La prise en charge de la santé mentale est l’affaire de tous : pouvoirs publics, acteurs locaux, associations, entreprises, établissements scolaires et citoyens. Les réponses fragmentées sont insuffisantes : il faut des politiques coordonnées qui réduisent les inégalités et renforcent les facteurs de protection. La mobilisation publique récente, y compris des campagnes visant à lever la stigmatisation, crée une opportunité pour transformer les discours en actions durables.
Exemples concrets de mise en œuvre
On observe des projets qui illustrent cette approche intégrée : des programmes scolaires visant le développement des compétences psychosociales, des dispositifs de rénovation urbaine qui intègrent la santé mentale dans leurs objectifs, des projets territoriaux associant habitants et chercheurs pour améliorer la prévention au travail, ou encore des clubs sportifs qui placent le bien‑être au cœur de leur activité.
Que peut faire chacun dès maintenant ?
Si la transformation repose sur des politiques publiques, des gestes quotidiens peuvent aussi faire la différence :
- Maintenir et développer ses liens sociaux, tendre la main à une personne isolée.
- Promouvoir un climat d’écoute et non de jugement dans son entourage et au travail.
- Se former aux compétences psychosociales et les transmettre aux plus jeunes.
- Soutenir les initiatives locales qui favorisent l’accès à des lieux d’activité et de rencontre.
Conclusion
La santé mentale est le produit d’une interaction complexe entre facteurs individuels et contextuels. La prévention et la promotion du bien‑être exigent une vision globale, des politiques coordonnées et l’implication de tous les acteurs de la société. En agissant sur les déterminants — logement, travail, école, urbanisme, lien social — et en renforçant les facteurs de protection, il est possible de réduire les inégalités et d’améliorer le bien‑être collectif. La priorité nationale donnée à la santé mentale doit se traduire par des mesures concrètes, accessibles et durables pour que chacun puisse bénéficier d’un environnement qui favorise sa santé psychique.