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Fin de vie : le texte sur l’aide à mourir relancé à l’Assemblée, parcours encore semé d’embûches

La loi sur la fin de vie revient à l’Assemblée nationale, avec deux propositions de loi distinctes : l’une consensuelle sur les soins palliatifs, l’autre, très controversée, créant un droit à l’aide à mourir. Malgré l’impulsion présidentielle, le chemin législatif reste incertain : rejet au Sénat, besoin d’une commission mixte et un calendrier parlementaire déjà surchargé pourraient retarder l’adoption définitive.

Un nouvel épisode du long débat sur la fin de vie s’ouvre à l’Assemblée nationale. Ce lundi, les députés reprennent l’examen de deux propositions de loi visant à mieux accompagner les personnes en fin de vie : l’une consacrée au renforcement des soins palliatifs, largement consensuelle, l’autre portant sur la création d’un droit à l’aide à mourir, qui divise profondément les bancs parlementaires et la société.

Retour sur un parcours législatif chaotique

Le texte principal, porté par le député Olivier Falorni (groupe Modem), avait déjà franchi une étape importante en mai dernier, où il avait été adopté par 305 voix contre 199. Mais la route législative s’est ensuite compliquée. Le Sénat, après des débats tendus, a rejeté le projet lors de sa lecture, obligeant le dossier à revenir à l’Assemblée. Ce retour marque une nouvelle étape mais ne garantit en rien une adoption définitive : faute d’accord entre les deux chambres, une commission mixte paritaire (CMP) devra être réunie pour tenter de rapprocher les textes, ou bien le texte devra repasser en lecture devant chaque assemblée.

Ce que proposent les deux textes

Les deux propositions examinées cette semaine ne visent pas exactement la même chose :

  • La proposition sur les soins palliatifs vise à renforcer l’accès et la qualité des soins palliatifs. Elle rencontre un large consensus et inclut notamment des mesures pour développer les moyens, améliorer la formation des professionnels et, dans sa première lecture, la création d’un droit opposable aux soins palliatifs — une disposition ensuite supprimée par le Sénat.
  • La proposition sur l’aide à mourir est plus polémique. Elle prévoit la création d’un « droit à l’aide à mourir », permettant à une personne souffrante de s’administrer une substance létale ou de se la faire administrer par un médecin ou, dans certains cas, un infirmier, si elle ne peut pas le faire elle-même. La mesure inclut des garde-fous et des conditions d’accès dont le détail fait l’objet de vifs débats.

Une impulsion présidentielle, mais des incertitudes pratiques

Le président de la République a placé ce dossier parmi ses priorités pour 2026, affirmant vouloir « aller au bout » du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité. Cette injonction politique donne un coup d’accélérateur au calendrier, mais n’efface pas les contraintes institutionnelles et politiques : même si l’Assemblée adopte à nouveau le texte — un vote solennel est d’ores et déjà envisagé le 24 février — il restera à trouver une version acceptable pour le Sénat ou à s’engager dans de nouvelles lectures croisées.

Pourquoi l’adoption n’est pas assurée

Plusieurs facteurs rendent l’issue incertaine :

  • La division politique et éthique : la question de l’aide à mourir traverse les frontières partisanes et suscite des oppositions fondées sur des convictions morales, religieuses ou professionnelles. Certains députés craignent une évolution qui remettrait en cause des principes déontologiques ou ouvrirait la porte à des dérives sans garanties suffisantes.
  • Le calendrier parlementaire : le gouvernement dispose d’un temps limité et d’une charge législative importante. Des voix, y compris parmi d’anciens ministres, estiment que le dossier « n’est pas forcément prioritaire » face à d’autres urgences. Les sénateurs, eux, ne souhaitent pas forcément siéger en juillet en raison des élections sénatoriales, ce qui réduit les fenêtres de conciliation.
  • Le risque de pourrissement : certains redoutent que des acteurs politiques choisissent la stratégie du blocage pour laisser le texte mourir d’inaction, faute d’une majorité claire. Olivier Falorni, pourtant confiant, n’exclut pas cette possibilité.

Le rôle de la commission mixte paritaire et les suites possibles

Si l’Assemblée adopte une nouvelle version qui diverge de celle du Sénat, la constitution d’une CMP sera la prochaine étape logique. La commission mixte paritaire, composée de députés et de sénateurs, cherche à produire un texte commun. Si elle échoue, la navette parlementaire se poursuit : nouvelles lectures à l’Assemblée et au Sénat, jusqu’à épuisement des procédures. À l’extrême, le gouvernement peut demander la procédure accélérée pour limiter le nombre de lectures, mais cela exige une stratégie politique forte et une capacité à convaincre une majorité.

Les points de désaccord et les garanties en débat

Au cœur des négociations figurent plusieurs sujets sensibles :

  • Les conditions d’accès : qui peut bénéficier de l’aide à mourir ? sous quelles conditions médicales, psychologiques et administratives ?
  • Les acteurs habilités : la possibilité pour un médecin ou un infirmier de pratiquer l’acte fait débat, notamment en raison des considérations déontologiques et du consentement professionnel.
  • Le contrôle et les garde-fous : mise en place de commissions médicales, délais de réflexion, expertise indépendante et mécanismes de suivi pour prévenir les abus.
  • Le droit opposable aux soins palliatifs : sa suppression par le Sénat a provoqué une vive réaction chez les défenseurs des droits des patients, qui réclament des garanties chiffrées et des moyens pour rendre effectif l’accès aux soins spécialisés.

Ce que disent les protagonistes

Olivier Falorni, porte-parole du texte, se déclare confiant et appelle le gouvernement et l’exécutif à inscrire le dossier dans le calendrier parlementaire de manière à permettre une adoption rapide. De son côté, des parlementaires de sensibilités diverses appellent à la prudence et demandent des clarifications supplémentaires pour éviter toute imprécision juridique ou médicale. Les professionnels de santé, les associations et les représentants des familles touchées par ces questions ont aussi vocation à peser dans les débats.

Quelles conséquences pour les patients et les soignants ?

Si le texte créant un droit à l’aide à mourir venait à être adopté, il transformerait en profondeur le cadre juridique et médical encadrant la fin de vie en France. Les patients pourraient disposer d’une option supplémentaire pour mettre fin à des souffrances jugées insupportables, sous conditions strictes. Les soignants, quant à eux, verraient leurs obligations et leurs protections redéfinies, ce qui pose des défis de formation, d’éthique et d’organisation des soins.

Un débat de société qui dépassera la seule étape parlementaire

Au-delà des arcanes législatifs, la question de la fin de vie engage des choix collectifs sur la dignité, la souffrance, la liberté individuelle et la protection des plus vulnérables. Les prochains jours à l’Assemblée ne dissiperont pas nécessairement toutes les incertitudes mais constitueront une étape importante pour fixer le cadre des échanges à venir. L’enjeu est double : parvenir à un texte législatif robuste et socialement apaisé, capable de faire face aux critiques, tout en garantissant des moyens concrets pour améliorer l’accès aux soins palliatifs.

En résumé

La reprise des débats à l’Assemblée nationale relance un processus législatif rendu complexe par le rejet sénatorial et par des désaccords profonds sur le fond et la procédure. Même si la présidence a affiché sa volonté de voir le dossier aboutir en 2026, le chemin reste semé d’embûches : négociations inter-chambres, questions éthiques et calendrier chargé peuvent retarder, modifier ou affaiblir le texte initial.

Les parlementaires entreront cette semaine dans une nouvelle phase de discussions, où chaque mot comptera. Pour les personnes concernées par la fin de vie, pour leurs proches et pour les professionnels de santé, la suite des débats déterminera les droits et les protections qui encadreront des décisions parmi les plus lourdes qu’une société puisse être amenée à légiférer.

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