Le décès de l’acteur James Van Der Beek, survenu le 11 février 2026 à l’âge de 48 ans des suites d’un cancer colorectal, ravive l’attention du public sur une tendance inquiétante : la hausse des cas de cancer du côlon et du rectum chez les personnes de moins de 50 ans. Ces cancers, autrefois surtout observés chez les personnes âgées, touchent désormais un nombre croissant de jeunes adultes. Les causes précises restent mal comprises mais suscitent une importante recherche scientifique internationale.
Une augmentation notable chez les générations nées dans les années 1980-1990
Plusieurs études récentes montrent que le risque de cancer colorectal a augmenté chez les générations nées à partir des années 1980 et 1990. Une recherche publiée dans le Journal of the National Cancer Institute a estimé que les personnes nées dans les années 1990 présentent un risque jusqu’à quatre fois supérieur à celui des personnes nées dans les années 1960, à âge comparable. Ces observations proviennent de données issues de pays comme l’Australie, le Canada, les États-Unis et le Royaume‑Uni.
Aux États-Unis, une étude parue dans JAMA a même souligné que, parmi les moins de 50 ans, le cancer colorectal était devenu la première cause de mortalité par cancer. Si, globalement, la majorité des cas restent observés chez les personnes plus âgées — et seulement environ 6 % des cas sont diagnostiqués avant 50 ans selon des chercheurs en Irlande du Nord — la progression rapide chez les jeunes inquiète les cliniciens et les autorités de santé.
Quels chiffres faut-il retenir ?
- Proportion actuelle : environ 6 % des cancers colorectaux sont diagnostiqués chez des patients de moins de 50 ans dans certaines séries épidémiologiques.
- Évolution générationnelle : risque multiplié par environ 4 pour les personnes nées dans les années 1990 par rapport à celles nées dans les années 1960, selon une étude multicentrique.
- Dépistage : face à cette tendance, les États‑Unis ont abaissé l’âge de début du dépistage de 50 à 45 ans en 2021 ; d’autres pays, dont la France et le Royaume‑Uni, maintiennent actuellement un seuil à 50 ans mais la question d’un abaissement est débattue.
Qu’est‑ce qui pourrait expliquer cette hausse ?
La hausse des cancers colorectaux chez les jeunes est probablement multifactorielle. Des facteurs de risque bien établis jouent un rôle : le surpoids et l’obésité, une alimentation riche en aliments ultratransformés et en viandes transformées, la consommation excessive d’alcool, le tabagisme et la sédentarité sont tous associés à un risque accru de cancer colorectal.
Cependant, ces facteurs ne semblent pas expliquer entièrement la rapidité et l’ampleur de l’augmentation observée. De nombreux jeunes patients diagnostiqués affichaient un mode de vie jugé sain, ce qui a conduit les chercheurs à explorer d’autres hypothèses.
Le rôle du microbiote intestinal
Une piste de recherche très active concerne le microbiote intestinal, cet écosystème de bactéries, virus et champignons qui peuple notre intestin. Une étude parue dans Nature a mis en lumière un indice important : des mutations caractéristiques de l’action d’une génotoxine appelée colibactine — produite par certaines souches d’Escherichia coli — étaient beaucoup plus fréquentes dans les tumeurs colorectales de patients jeunes comparés à celles de patients plus âgés. La colibactine peut endommager l’ADN et contribuer à l’apparition de mutations oncogènes.
D’autres travaux ont suggéré qu’un usage répété d’antibiotiques, qui altère le microbiote, pourrait être associé à un risque accru de cancer colorectal précoce. Ces résultats sont encore préliminaires et nécessitent des confirmations, mais ils ouvrent des pistes (interactions microbiennes, inflammations chroniques, métabolites bactériens) susceptibles d’expliquer une part de l’augmentation observée.
Hétérogénéité des tumeurs et causes multiples
Les chercheurs notent aussi une grande diversité de sous‑types de cancers colorectaux chez les jeunes, ce qui laisse penser que plusieurs mécanismes différents sont en jeu plutôt qu’une cause unique. Cette hétérogénéité complique la tâche des équipes scientifiques qui cherchent à identifier des causes communes et des mesures préventives spécifiques.
Des cas médiatisés mais représentatifs ?
Des personnalités comme Chadwick Boseman, décédé en 2020 à 43 ans, et plus récemment James Van Der Beek, ont attiré l’attention sur ces cancers chez des adultes relativement jeunes. Ces cas médiatiques contribuent à sensibiliser l’opinion publique et à rappeler que la maladie peut toucher des personnes qui semblent en bonne santé. James Van Der Beek, diagnostiqué en 2023, évoquait lui‑même ses efforts pour rester en forme (sauna, bains froids) et appelait à la vigilance face aux symptômes.
Quels symptômes doivent alerter ?
Plusieurs signes doivent conduire à consulter un médecin, surtout s’ils sont nouveaux, persistants ou inexpliqués :
- Présence de sang dans les selles ou selles noires ;
- Changements durables du transit intestinal (diarrhée ou constipation) ;
- Douleurs abdominales inexpliquées ou sensation de gêne ;
- Perte de poids involontaire et fatigue persistante ;
- Anémie ou faiblesse inexpliquée liée à un saignement caché.
Ces symptômes ne signifient pas automatiquement la présence d’un cancer, mais ils justifient une évaluation médicale, qui peut inclure des examens simples comme un test de recherche de sang occulte dans les selles, une coloscopie ou d’autres bilans selon le contexte clinique.
Dépistage et recommandations
Face à l’augmentation des cas jeunes, certaines autorités sanitaires ont adapté leurs recommandations. Les États‑Unis ont abaissé l’âge recommandé pour commencer le dépistage à 45 ans en 2021. En France et au Royaume‑Uni, le dépistage organisé se déroule généralement à partir de 50 ans, mais le débat sur l’abaissement de l’âge continue, porté par des données épidémiologiques et les pressions des professionnels de santé.
Le dépistage permet de détecter des lésions précancéreuses (polypes) et des cancers à un stade précoce où les chances de guérison sont meilleures. Les modalités de dépistage varient selon les pays : tests immunologiques sur selles, coloscopie en cas d’anomalie ou selon le contexte familial, et parfois examens d’imagerie.
Que faire si vous êtes inquiet ?
Si vous présentez des symptômes évoqués plus haut ou si vous avez des antécédents familiaux de cancer colorectal (ou de syndromes héréditaires comme le syndrome de Lynch ou les polyposes familiales), il est important d’en parler avec votre médecin généraliste. Celui‑ci pourra orienter vers des examens appropriés et, si nécessaire, vers un gastro‑entérologue pour une exploration plus approfondie.
Prévention : ce que l’on sait et ce qu’il faut retenir
Même si toutes les causes du phénomène ne sont pas encore élucidées, les recommandations de prévention restent centrées sur des mesures générales de santé publique :
- Mener une alimentation équilibrée, riche en fruits, légumes et fibres ; limiter la consommation de viandes transformées et d’aliments ultratransformés ;
- Maintenir un poids santé et pratiquer une activité physique régulière ;
- Limiter la consommation d’alcool et arrêter le tabac ;
- Éviter les usages inutiles et répétés d’antibiotiques lorsque cela est possible et sous la supervision d’un professionnel de santé ;
- Consulter rapidement en cas de symptômes persistants et se tenir informé des recommandations de dépistage applicables à son pays et à son âge.
Perspectives de recherche
Les équipes scientifiques continuent d’investiguer plusieurs axes : l’impact du microbiote et des toxines bactériennes (comme la colibactine), les expositions alimentaires et environnementales précoces, les modifications des habitudes de vie au fil des générations, et l’effet des médicaments, y compris les antibiotiques. Des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer les premiers résultats et identifier des interventions ciblées.
En conclusion
La hausse des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans est un signal fort qui conduit chercheurs, cliniciens et autorités sanitaires à redoubler d’efforts. Si le tableau reste incomplet et que plusieurs hypothèses sont étudiées, une chose est claire : l’information, la vigilance face aux symptômes et le recours au dépistage restent des leviers essentiels pour détecter la maladie tôt et améliorer les chances de guérison. Face à l’incertitude scientifique, la prévention par des choix de vie sains et une attention portée aux signes d’alerte demeurent des mesures concrètes à adopter.