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Un bébé sauvé in utero grâce au Sirolimus : une première pour une tumeur vasculaire rare

Un fœtus atteint d'une tumeur vasculaire extrêmement rare a été traité in utero par Sirolimus, une première pour cette pathologie. Le recours au médicament administré à la mère a permis de stabiliser la masse et d'assurer la naissance du bébé dans de meilleures conditions.

Un traitement anténatal innovant a permis de sauver un fœtus atteint d’une tumeur vasculaire rare et potentiellement mortelle : le Sirolimus, administré à la mère, a freiné la croissance de la lésion et a offert au bébé une chance de naître dans de meilleures conditions. C’est la première fois que cette stratégie médicamenteuse est utilisée pour traiter in utero un syndrome de Kasabach-Merritt, une tumeur très agressive qui met en péril la coagulation du fœtus.

Détection tardive d’une masse menaçante

Vers la fin du septième mois de grossesse, les médecins de la maternité de Mulhouse ont identifié une masse volumineuse au niveau du cou et de la base du visage du fœtus. L’évolution rapide de cette tuméfaction laissait craindre une compression des voies aériennes et une altération majeure de la coagulation sanguine du bébé. Ces éléments faisaient peser un risque élevé de décès in utero ou de complications sévères à la naissance.

Après confirmation du diagnostic : syndrome de Kasabach-Merritt, un tableau rare caractérisé par une tumeur vasculaire qui « aspire » les plaquettes et peut provoquer des hémorragies, les équipes ont sollicité l’avis du Centre de référence des anomalies vasculaires superficielles des Hospices civils de Lyon. Face à l’aggravation rapide, les spécialistes ont estimé que l’intervention anténatale était la seule option raisonnable pour tenter de sauver l’enfant.

Pourquoi le Sirolimus ?

Le Sirolimus est un médicament immunosuppresseur utilisé depuis plusieurs années pour limiter la croissance de vaisseaux sanguins dans certaines malformations vasculaires et pour prévenir le rejet d’organes. Sa capacité à inhiber l’angiogenèse (la formation de nouveaux vaisseaux) en faisait un candidat logique pour tenter de réduire la taille de la tumeur et de préserver les plaquettes du fœtus.

Plutôt que d’administrer le médicament directement au fœtus, l’équipe a choisi de donner le Sirolimus par voie orale à la mère. Le principe est que la molécule franchisse la barrière placentaire et atteigne le fœtus, permettant ainsi une action pharmacologique anténatale. Cette approche représente une avancée importante dans la prise en charge prénatale des malformations vasculaires volumineuses.

Concertation pluridisciplinaire et accord familial

La décision d’initier un traitement anténatal a été prise en concertation entre les obstétriciens, les pédiatres, les hématologues et les spécialistes des malformations vasculaires. Le professeur Laurent Guibaud, du Centre de référence des Hospices civils de Lyon, a piloté la stratégie thérapeutique. Le dossier médical a été exposé à la famille, qui a donné son accord après explication des bénéfices attendus et des risques potentiels.

Les équipes ont dû peser la balance entre une intervention in utero expérimentale pour cette indication et l’alternative, qui était essentiellement l’absence de traitement et un pronostic très sombre pour le fœtus. La démarche illustre l’importance d’une prise en charge pluridisciplinaire et d’un dialogue clair avec les parents dans les situations médicales complexes.

Effets du traitement et naissance

Au fil des semaines, le Sirolimus administré à la mère a permis de ralentir la croissance de la tumeur. Lors de la naissance, par césarienne, le 14 novembre 2025, les médecins ont constaté une réduction de la masse qui a évité au nouveau-né d’être intubé systématiquement pour assurer la respiration. Le bébé, prénommé Issa, a néanmoins présenté un taux de plaquettes inférieur à la normale et a reçu une transfusion plaquettaire après la naissance pour corriger ce déficit et limiter le risque hémorragique.

Les observations postnatales montrent que la tuméfaction s’est stabilisée, ce qui a facilité les soins néonatals et permis la sortie du nourrisson au domicile familial un mois après la naissance. Aujourd’hui suivi régulièrement au centre hospitalier de Mulhouse, Issa poursuit un traitement au Sirolimus et bénéficie d’un suivi multidisciplinaire.

Le syndrome de Kasabach-Merritt : un tableau clinique redoutable

Le syndrome de Kasabach-Merritt est une entité rare, souvent agressive, qui se manifeste par une tumeur vasculaire pouvant entraîner une consommation importante de plaquettes. Cette « coagulation consommptive » expose le patient—en particulier le nouveau-né—à des hémorragies sévères. Chez le fœtus, la physiologie particulière et l’espace restreint rendent la prise en charge encore plus délicate.

Les options thérapeutiques classiques en postnatal comprennent la chirurgie, les embolisations vasculaires, la radiothérapie dans des cas exceptionnels, et la pharmacothérapie (corticostéroïdes, agents antiangiogéniques comme le Sirolimus). Toutefois, lorsque la lésion est détectée avant la naissance, les possibilités d’intervention sont limitées et requièrent des adaptations pour agir via la mère ou par des procédures in utero invasives.

Ce que change cette première

Le recours au Sirolimus en anténatal pour traiter un syndrome de Kasabach-Merritt marque une étape importante. C’est la première utilisation connue de cette stratégie pour cette pathologie précise, après des premières expérimentations sur d’autres types de malformations vasculaires. Cette réussite ouvre la voie à une réflexion sur l’optimisation des protocoles anténataux et sur les critères de sélection des cas qui pourraient en bénéficier.

Les spécialistes soulignent toutefois la nécessité de prudence : il s’agit d’un résultat isolé et chaque situation présente des particularités cliniques. Des études supplémentaires et des registres consolidés seront indispensables pour évaluer l’efficacité et la sécurité de cette approche à plus large échelle.

Suivi et perspectives

Après sa sortie, Issa a été déclaré « souriant et éveillé » par les équipes qui assurent son suivi. Il a repris progressivement le cours des activités d’un nourrisson de son âge : prise de poids, tonus, et interactions sociales adaptées à son stade de développement. Les médecins continuent le traitement au Sirolimus et surveillent de près la taille de la tumeur, les paramètres hématologiques et les effets secondaires éventuels du médicament.

Parmi les enjeux à court et moyen terme : déterminer si la tumeur continuera à régresser sous traitement, évaluer la nécessité d’interventions locales supplémentaires (chirurgie, scléroses, ou autres techniques) et s’assurer que le traitement systémique ne provoque pas d’effets indésirables durables chez l’enfant.

Points clés pour les familles et les professionnels

  • La détection prénatale d’une masse vasculaire volumineuse nécessite une évaluation rapide et multidisciplinaire.
  • Le Sirolimus, administré à la mère, peut traverser la barrière placentaire et atteindre le fœtus ; c’est une option à considérer lorsque le pronostic est gravement engagé.
  • Chaque cas doit être discuté au sein d’un centre de référence disposant d’une expertise en malformations vasculaires et en diagnostic prénatal.
  • La réussite d’une intervention anténatale doit être confirmée par des séries plus larges et un suivi à long terme des enfants traités.

Témoignage des soignants et de la famille

Les équipes médicales parlent d’« un traitement exceptionnel » qui a permis de stabiliser la malformation et d’éviter des conséquences dramatiques. Du côté de la famille, la mère témoigne du stress des semaines précédant la naissance et du soulagement après l’amélioration clinique de son enfant : garder espoir et suivre les recommandations médicales se sont avérés décisifs.

Ce cas illustre la force de la collaboration entre services obstétricaux, centres de référence nationaux et équipes pédiatriques régionales. Il met aussi en lumière l’importance de l’innovation raisonnée : lorsqu’il n’existe pas d’alternative satisfaisante, la réorientation de traitements déjà connus peut parfois ouvrir des pistes thérapeutiques inédites.

En conclusion

La prise en charge anténatale par Sirolimus de ce nouveau-né atteint du syndrome de Kasabach-Merritt constitue une avancée prometteuse dans la lutte contre certaines malformations vasculaires graves. Si ce succès encourageant doit être mis en perspective par des études complémentaires, il offre d’ores et déjà un espoir concret aux familles confrontées à des diagnostics prénataux inquiétants. La vigilance, la concertation pluridisciplinaire et le suivi à long terme resteront essentiels pour transformer cette expérience positive en une stratégie thérapeutique reproductible et sûre.

Remarque : Le suivi clinique et hématologique du nourrisson se poursuit au centre hospitalier local, avec des bilans réguliers pour ajuster le traitement et anticiper d’éventuelles interventions complémentaires.

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