Un événement médical sans précédent a eu lieu récemment à Strasbourg, marquant une nouvelle ère dans le traitement des pathologies fœtales complexes. Un bébé, atteint d’une tumeur vasculaire extrêmement rare connue sous le nom de syndrome de Kasabach-Merritt, a bénéficié d’une intervention révolutionnaire in utero. Détectée lors du septième mois de grossesse à la maternité de Mulhouse, cette tumeur menaçait gravement la vie du fœtus, nécessitant une intervention immédiate et innovante.
Le syndrome de Kasabach-Merritt se caractérise par une tumeur vasculaire agressive qui, en aspirant les plaquettes nécessaires à la coagulation, expose le fœtus à des risques d’hémorragie fatale. Dans ce cas précis, une masse a été détectée au niveau du cou du bébé, avec un potentiel danger de compression des voies respiratoires. Le diagnostic a rapidement orienté le personnel médical vers le centre de référence des anomalies vasculaires des Hospices civils de Lyon, où une solution inédite a été proposée.
La décision audacieuse de traiter in utero
Confrontés à un défi médical de taille, les médecins ont décidé de recourir au Sirolimus, un médicament antiangiogénique administré avant la naissance. C’était une première pour cette pathologie spécifique. Ce traitement a été administré oralement à la mère, lui permettant de franchir la barrière placentaire et de cibler directement la tumeur du fœtus. Professeur Laurent Guibaud, à la tête de cette initiative à Lyon, a souligné que ce traitement représentait « le seul moyen de sauver ce bébé ».
Le traitement anténatal comporte des risques, mais dans des cas où les options sont limitées, il s’est avéré crucial. Les effets secondaires possibles et les complications potentielles ont été minutieusement pesés par le comité médical et la famille avant de se lancer dans cette approche audacieuse.
Résultats et perspectives
Le 14 novembre 2025, au terme de cette grossesse suivie avec une attention particulière, l’enfant est né par césarienne à Strasbourg. Grâce au traitement reçu, la taille de sa tumeur avait considérablement diminué, évitant la nécessité d’une intubation immédiate. S’il a nécessité une transfusion plaquettaire en raison d’un taux bas de plaquettes, ces interventions et soins prodigués ont permis de stabiliser sa condition de manière efficace. « C’est un incroyable succès », commenta le Dr Alexandra Spiegel-Bouhadid, hématologue en charge du suivi pédiatrique de l’enfant.
Trois mois après la naissance, le bébé prénommé Issa montre des signes de bonne santé et de développement normal. Viviane, sa mère, confirme que bien qu’une masse demeure visible, son fils vit actuellement une enfance normale, grandissant et s’épanouissant malgré les défis initiaux.
Un traitement pionnier: un espoir accru pour le futur
Cette intervention anténatale inédite résonne bien au-delà des frontières de Strasbourg. Elle propose des perspectives significatives pour le traitement de conditions similaires chez les fœtus à travers le monde. Le Centre de Référence des Anomalies Vasculaires de Lyon prévoit d’étendre l’application de ce traitement novateur à d’autres tumeurs vasculaires potentiellement fatales, rendant l’approche anténatale plus accessible pour différentes malformations.
Professeur Guibaud et son équipe travaillent désormais sur l’optimisation de cette thérapie, espérant répéter ce succès avec d’autres types de malformations vasculaires. « Le plus grand défi, maintenant, est de rendre cette prise en charge accessible à un plus grand nombre et de documenter nos réussites pour enrichir la médecine prénatale moderne », conclut-il.
À l’issue de cette première réussie, le monde médical observe avec espoir cette avancée et ses applications potentielles, considérant chaque progrès comme une victoire contre des pathologies jusque-là jugées ingérables avant la naissance. Ainsi, le cas d’Issa représente non seulement la sauvegarde d’une vie précieuse, mais aussi l’ouverture d’un chapitre nouveau dans le domaine des soins prénatals.