Ce dimanche matin, le port du Havre s’est réveillé au son de la mobilisation agricole. Une centaine d’agriculteurs, fermement opposés à l’accord UE-Mercosur, ont dressé des barrages filtrants à l’entrée du port. Cette initiative s’inscrit dans une série de manifestations à l’échelle nationale visant à contester un accord jugé déloyal par les producteurs français.
Depuis la soirée de samedi, ces agriculteurs ont érigé un campement sommaire à proximité du port, déterminés à contrôler le passage de camions transportant des marchandises. « Nous voulons nous assurer que les produits importés respectent les mêmes normes sanitaires et environnementales que celles imposées aux agriculteurs français », explique Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs de Seine-Maritime. Cette action est menée en coopération avec le syndicat FNSEA, majoritaire chez les agriculteurs français.
Contexte et motivation des protestations
L’accord UE-Mercosur, récemment approuvé par la majorité des pays européens, suscite une vive opposition en France. Les cultivateurs craignent que cet accord facilite l’importation de produits agricoles ne respectant pas les normes de qualité européennes, mettant ainsi en péril leur compétitivité. Selon eux, cet afflux pourrait tirer vers le bas les standards de production, tout en menaçant l’existence de nombreuses exploitations familiales.
« Cet accord condamne les producteurs français à une concurrence déloyale face à des géants de l’agro-industrie sud-américaine », martèle Jean-Marc Auvray, agriculteur mobilisé depuis plusieurs jours. À ses côtés, d’autres manifestants brandissent des pancartes et scandent des slogans pour sensibiliser les passants et les médias présents sur le site.
Organisation et déroulement des barrages
Le dispositif mis en place par les agriculteurs au Havre vise à filtrer les véhicules entre 5h et 22h, avec des équipes se relayant pour maintenir une présence continue. Les manifestants vérifient minutieusement les cargaisons des camions, bloquant temporairement ceux qui ne se conforment pas aux normes exigées. « Il ne s’agit pas de paralyser le port, mais de faire passer un message fort », souligne un protestataire.
Entre solidarité et confrontation, les agriculteurs ont choisi de ne pas complètement bloquer les accès, veillant à ne pas nuire aux dockers. « Nous faisons tout pour que leurs activités ne soient pas reconduites à cause de notre mouvement », précise Lemaître.
Soutien et réactions politiques
Face à la détermination affichée par les agriculteurs, plusieurs élus locaux ont exprimé leur soutien aux mouvements de protestation. Certains députés de la région ont même rendu visite aux manifestants pour reconnaître la légitimité de leurs revendications.
Toutefois, la classe politique reste divisée. Tandis que certains membres du gouvernement tentent d’apaiser les tensions en garantissant la mise en place de mesures compensatoires, d’autres insistent sur la nécessité de soutenir l’ouverture économique que représente l’accord UE-Mercosur.
Perspectives et prolongement du mouvement
En attendant une éventuelle révision de l’accord ou l’adoption de mesures plus protectrices, les agriculteurs ont prévu de maintenir leurs actions. D’autres manifestations sont déjà prévues dans différentes régions, avec l’objectif d’élargir le mouvement à une échelle nationale.
Parallèlement, des organisations agricoles demandent une prise de position claire du Président Emmanuel Macron, le pressant de s’opposer fermement à cet accord lors des prochaines discussions européennes.